Prêter des hotspots wifi en bibliothèque

Je ne connais pas de bibliothèque en France qui propose ce service mais un certain nombre d’établissements nord-américains prêtent des hotspots wifi aux usagers. J’ai essayé d’en savoir un peu plus sur ce service qui présente quelques différences d’une ville à l’autre. Pourquoi dans le pays de la Silicon Valley où siègent les plus grandes entreprises du Web, des bibliothèques publiques donnent-elles la possibilité à des citoyens d’accéder à Internet depuis chez eux ? Quel est le degré de développement du réseau internet au niveau du territoire nord-américain ? Comment organiser ce service ?

Le contexte Nord-Américain

D’après le Rapport Digital 2018 publié par We Are Social et Hootsuite, le taux de pénétration d’Internet aux Etats-Unis est de 88% (soit 286,9 millions). 78% des adultes disposent d’un smartphone, 77% possèdent un ordinateur fixe ou portable. Enfin, 46% déclarent avoir une tablette. L’accès à Internet depuis un ordinateur a chuté de 4 points tandis que l’accès via mobile a augmenté de 10 points. La tendance à l’Internet mobile est indéniable. Une étude du Pew Research Center sur Internet et les Américains révèle que les personnes les plus éloignées sont les personnes les plus âgées (65 ans et +). Enfin, ce sont les zones rurales qui sont le plus dépourvues en matière d’infrastructure permettant de profiter d’une connexion internet satisfaisante.

Au Canada, le nombre d’utilisateurs d’Internet représente 90% de la population (soit 33,05 millions) et on dénombre plus de 26 millions d’utilisateurs de téléphones portables (72% de la population). Plus précisément, 76% des canadiens majeurs dispose d’un smartphone. Le pourcentage monte à 86% concernant l’ordinateur (fixe ou portable). Et 47% pour les tablettes. Autrement dit, les canadiens disposent majoritairement d’un parc informatique leur permettant d’accéder à Internet en situation fixe ou mobile. Seulement 10% de la population semble ne pas utiliser Internet.

En termes de débit, les deux pays ne font pas partie du top 10 des connexion internet les plus rapides. D’après ce classement de 2018, les Etats-Unis arrivent en 20ème position et le Canada en 33ème. Au regard de ces chiffres plutôt importants, il est intéressant de voir que des bibliothèques publiques prêtent des hotspotswifi à leurs usagers. En creusant bien, on se rend compte que les chiffres nationaux masquent les disparités et tendent à minimiser la réalité de la fracture numérique. Un des arguments avancés par les bibliothèques qui proposent ce service est de pouvoir fournir un accès le plus large possible. Le CRTC, équivalent de l’ARCEP au Canada, rapporte que seulement 59% des ménages à faibles revenus disposent d’une connexion Internet à domicile. Ce chiffre suffit à légitimer la mise en place de prêt de hotspot wifi.

De plus, les bibliothèques sont désormais devenues des lieux privilégiés pour se connecter à Internet. A travers ce service, la bibliothèque peut réaliser le mythe de la continuité du service public en permettant aux personnes de pouvoir accéder à Internet y compris quand la bibliothèque de leur quartier est fermée. C’est aussi l’occasion de compenser la faiblesse des infrastructures en milieu rural où la connexion est moins répandue qu’en milieu urbain. Or, l’accès à Internet est devenu fondamental pour accéder à un emploi, pour réaliser des démarches administratives ou pour profiter de certains droits.

Les témoignages des utilisateurs qui ont bénéficié de ce service sont aussi variés que les usages possibles sur le web : démarrer son activité professionnelle, avoir une connexion en déplacement, consulter des contenus en streaming, devoir à la maison, regarder des matchs de sport, visioconférence, partager sa connexion avec des amis, postuler à des offres d’emplois…Aucun usage ne conditionne l’utilisation de ce service.

Conditions Générales d’Utilisation

Les conditions de prêts varient d’un établissement à l’autre mais on retrouve généralement les mêmes règles :

  • Certaines bibliothèques font payer le service et d’autres, comme la bibliothèque de Toronto, proposent ce service gratuitement. Des coûts peuvent être rajoutés en cas de retard ou de perte du matériel.
  • La durée de prêt peut également varier de quelques semaines à plusieurs mois. Bien évidemment, il faut disposer d’une carte de bibliothèque et souvent ne pas avoir  trop de pénalités de retard.
  • Les usagers peuvent utiliser le routeur n’importe où (sur le territoire national). Ils ne sont pas contraints de l’utiliser uniquement chez eux.
  • Ils peuvent connecter plusieurs appareils simultanément.
  • Un guide de démarrage rapide est parfois fourni avec pour aider les usagers à prendre en main l’appareil.
  • Il faut être majeur pour profiter du service
  • Le routeur peut être désactivé en cas de dépassement de la date de retour
  • Une limite sur les volume de données peut être définie (Au bout de 25Go, la connexion sera plus lente)
  • Le routeur doit être rendu en main propre aux bibliothécaires (pas de boîte retour)

Quelques questions

Une des questions que pose ce service notamment dans le contexte des Etats-Unis est celle de la neutralité du Net. Est-ce que les usagers qui empruntent un routeur wifi à emporter chez eux sont/seront victimes d’une discrimination de la bande passante ? D’autant plus que certains établissements prêtent des routeurs fabriqués par l’opérateur Verizon qui a été un acteur majeur de la lutte contre la neutralité du Net aux Etats-Unis.

« The MiFi 7730L device from Verizon is an easy-to-use, mobile hotspot that keeps your tablet, laptop and other Wi-Fi–enabled devices connected to the Internet wherever you go. You can connect up to 8 devices to 4G LTE and 3G networks, and also charge external devices. » (Source : Saugus Public Library)

Ce service suggère une autre question relative à la confidentialité des données et au respect de la vie privée des utilisateurs. Est-ce que la bibliothèque collecte des données liées à la navigation depuis le hotspot ? Plusieurs bibliothèques précisent qu’elles ne collectent pas de données liées à l’utilisation du routeur et qu’elles ne transmettent pas d’informations à des tiers notamment le fournisseur d’accès.

« La Bibliothèque Publique de Toronto ne surveille pas, ne collectent pas et n’enregistre pas de données sur l’activité Internet des utilisateurs »

Pour en savoir plus

Il existe plein de ressources sur ce service qui semble rencontrer un certain succès :

 

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