Les tendances technologiques en bibliothèques

Il y a quelques jours au cours d’une conférence, Bill Gates a listé les dix innovations technologiques à venir qui vont transformer le monde. De l’énergie nucléaire à la santé en passant par l’alimentation, ces technologies sont supposées transformer nos vies et notre quotidien. Mais si on regarde du côté des bibliothèques, on voit qu’une autre ligne se dessine et des technologies sont en train de faire leur place et transforment non pas le monde mais l’image des bibliothèques et la pratique des professionnels. 

L’American Libraries Magazine a interrogé des spécialistes « tech » dans le monde des bibliothèques pour faire le tour des tendances actuelles en matière d’applis, d’appareils, de logiciels et la façon dont certaines bibliothèques s’en sont emparées et les ont intégrés dans leur offre de services.

Les technologies immersives

D’après Joyce Kasman Valenza (@joycevalenza), les bibliothèques ne se sont pas suffisamment saisies de la réalité virtuelle (VR), de la réalité augmentée (RA)  et de la réalité mixte (RM)  et du potentiel que ces dispositifs technologiques peuvent offrir. Le coût des casques de réalité virtuelle constitue encore actuellement une barrière et beaucoup de bibliothèques ne peuvent pas faire l’acquisition de ce type de matériel. Celles qui en possèdent se limitent souvent à un effet show-room. On montre un dispositif pour donner à voir et faire découvrir aux usagers comment on peut vomir en 3’20.  D’après l’ex-bibliothécaire, la réalité virtuelle pourrait par exemple être envisagée pour proposer des parcours et des expériences enrichis pour valoriser les collections. La VR pourrait être mise au service de l’apprentissage et l’éducation (e.g  les médecins qui se forment à la chirurgie avec la VR).

Au-delà du jeu, Valenza cite l’exemple de nouvelles formes de narrations
conçues spécifiquement pour la réalité virtuelle. Elle cite notamment Google Spotlight Stories, (mise à jour : la fermeture de ce service a été révélée aujourd’hui) des histoires. Certaines histoires sont accessibles sous la forme d’applications à télécharger ou directement sur YouTube. Google présente de la façon suivante :

« Nous combinons l’art et les sciences pour développer des technologies innovantes et créer des histoires immersives pour le 360°, la RV sur mobile et les casques de réalité virtuelle. Vivez pleinement l’expérience : regardez, écoutez, explorez. »

https://atap.google.com/spotlight-stories/

Mais Google n’est pas le seul  à proposer ces expériences narratives. On note également Storyfab (applications de VR pour les appareils fonctionnant avec iOS d’Apple) ou encore Metaverse qui permet aussi de créer des contenus interactifs en réalité augmentée (RA). Cela fonctionne à partir d’une appli ou bien depuis un ordinateur. Ces outils sont une occasion pour les bibliothèques d’élargir leurs collections et de pouvoir proposer de nouvelles expériences narratives aux usagers.

Valenza poursuit en proposant d’autres usages possibles de la VR, de la RM et de la RA pour proposer des expériences insolites comme se déplacer dans le système solaire, être plongé au cœur d’une tornade, se déplacer dans un camp de réfugiés ou encore manipuler et disséquer un corps humain modélisé en 3D. Autrement dit, c’est pouvoir donner forme à des connaissances que l’on trouve par ailleurs dans les collections mises à disposition. Cela constitue une forme de complémentarité des supports pour mettre en pratique les connaissances acquises via les documents physiques.

Enfin, elle conclut avec une expérience de la RA avec le Merge Cube. Il s’agit d’un dispositif conçu pour jouer et apprendre à partir d’un cube. Si le merge cube propose des jeux en réalité augmentée, il a notamment été conçu pour enseigner et apprendre les S.T.E.A.M (sciences, technologie, ingénierie et les mathématiques). Cela fonctionne avec une appli ou bien des lunettes adaptées.

Développer la culture numérique

Ce n’est pas un élément particulièrement nouveau, les bibliothèques participent à l’acquisition et au développement d’une culture numérique. Valenza revient sur l’importance de sensibiliser les usagers à la question de la propriété intellectuelle et de le faire découvrir les licences comme les Creative Commons afin qu’ils puissent utiliser des contenus en toute légalité. Valenza prend l’exemple d’un barbier qui veut réaliser des flyers pour faire de la publicité sur sa boutique. Ce dernier a tout intérêt à connaitre des banques d’images comme Pixabay, Pexels ou Unsplash qui proposent des photos de qualité librement réutilisables. La bibliothèque est un lieu ressource qui peut l’accompagner.

Suzan Wulf, responsable des services numériques de la bibliothèque publique de Niles dans l’Etat de l’Illinois, partage l’expérience de son établissement autour des ressources numériques. Il y a actuellement tout un débat sur la nécessité ou non de former les jeunes à l’apprentissage du code informatique. Sa bibliothèque s’est abonnée à la plateforme Treehouse pour apprendre à coder. Comme beaucoup de ressources numériques proposées par les bibliothèques, le taux d’utilisation ne décollait pas.  Pour pallier cette sous-utilisation, la bibliothèque a mis en place des « cours » de code grâce à la plateforme selon le modèle de la classe inversée. Les usagers  consultent les vidéos chez eux ou seuls puis s’inscrivent à des sessions collectives dans les murs de la bibliothèque pour effectuer des quiz et résoudre des défis. Grâce à cette formule, la fréquentation a explosé et les statistiques d’utilisation ont été multipliées par 4 en deux mois. C’est une bonne stratégie de médiation pour favoriser l’appropriation d’une ressource numérique payée par la bibliothèque.

Enfin, Valenza insiste sur la question des ressources éducatives libres. Les bibliothèques doivent s’engager dans le mouvement de l’open access, de la science ouverte et de l’open data qui constituent des alternatives pour garantir une véritable équité dans l’accès à l’information et aux savoirs. Elle cite l’exemple du portail OASIS (Openly Available Sources Integrated Search) développé par la bibliothèque de l’Université Suny Geneseo. Ce portail est un outil de recherche qui indexe 78 sources différentes représentants plus de 316 000 documents. Son objectif est de faciliter la découverte de contenus ouverts.

Favoriser l’inclusion et dépasser la barrière de la langue

Les bibliothèques sont ouvertes à tous mais celles et ceux qui rencontrent des difficultés avec la langue peuvent se censurer et ne pas venir à la bibliothèque. Il existe des ressources pour permettre d’apprendre une langue notamment pour des primo-arrivants. Mais il peut-être difficile pour ces personnes d’utiliser des ressources numérique mises à leur disposition si l’interface de l’ordinateur n’est pas dans leur langue maternelle. Pour contourner cette discrimination, des bibliothèques ont recours à des applications de traduction en temps réel pour pouvoir comprendre la demande d’un usager y répondre. Plusieurs outils sont utilisés comme l’application SayHi pour mobile qui propose des traductions en 90 langues et dialectes.

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