1 million de prêts numériques et ensuite ?

Le dernier salon du livre de Paris a été l’occasion pour le ministère de la Culture et le SNE de communiquer sur le Prêt Numérique en Bibliothèque (PNB).

Une infographie a été publiée pour mettre en avant l’efficacité de PNB. 1045 éditeurs ont rejoint le dispositif, 190 000 titres disponibles, 4684 bibliothèques qui proposent ce service et le plus important de tous : 1,1 million d’emprunts sur la période 2015 – 2018. Que signifient ces chiffres ? Que traduisent-ils ? Et que cachent-ils ?

La culture… du chiffre

Les chiffres sont souvent la seule donnée utilisée pour évaluer un service. Mais pris isolément, ils ne veulent pas dire grand chose. Surtout quand ils ne correspondent pas. Dans son infographie, le Syndicat National de l’Edition affirme que 4684 bibliothèques sont raccordées au service. Si on regarde du côté du ministère de la Culture, le chiffre change légèrement.


Source : Ministère de la Culture et de la Communication

Du côté du SNE comme du ministère, la communication s’attarde sur le nombre de titres disponibles : 190 000 titres. C’est un chiffre conséquent mais qui n’est pas le reflet de l’offre existante pour le grand public. En effet, ces 190 000 titres représentent 62% de l’offre grand public (les chiffres sont disponibles ici). Quand est-ce que l’offre B2B et B2C seront les mêmes ? Cela fait plusieurs années que c’est réclamé par les professionnels des bibliothèques. C’est d’ailleurs le premier point des Recommandations pour une diffusion du livre numérique par les bibliothèques publiques. Ni le ministère, ni le SNE ne semblent se soucier de cette revendication. Pourtant, elle a encore été récemment rappelée par différentes associations de bibliothèques qui ont adressé une lettre au SNE :

Or une partie du catalogue numérique disponible pour le grand public est encore indisponible dans l’offre proposée par PNB aux collectivités territoriales

Source : Actualitte

Lettre à laquelle le SNE a réagit auprès de ses adhérents en leur expliquant que les bibliothécaires sont bien gentils mais qu’ « il convient de rappeler en effet le caractère flexible du dispositif PNB, pensé pour répondre aux besoins de l’ensemble des acteurs concernés, et l’entière liberté dont disposent les partenaires pour définir les accords qui les lient ». Le message est clair.

Notons au passage que quand le SNE envoie sa newsletter à ses adhérents les auteurs ne font plus partie du dispositif PNB : « PNB est un dispositif interprofessionnel d’accès à la lecture numérique en bibliothèques publiques coordonné par Dilicom. Il est le résultat d’une coopération étroite entre éditeurs, libraires et bibliothécaires, et repose sur les « Recommandations pour une diffusion du livre numérique par les bibliothèques publiques » signées par le ministère de la Culture et les acteurs de la filière en décembre 2014″. Pourtant, pour communiquer publiquement sur PNB notamment avec l’infographie, le SNE accorde une place de choix aux auteurs : « Un système légal, respectueux de la rémunération de la création et du droit d’auteur ».

Sur son infographie le SNE rajoute que PNB est un dispositif équitable et gratuit pour les lecteurs. La réalité n’est pas tout à fait exacte. Les bibliothèques qui ne disposent pas de budget suffisant pour se connecter au service sont dans l’incapacité de proposer des livres numériques à leurs usagers. Par conséquent, cela introduit une inégalité territoriale entre les collectivités qui proposent ce service et les autres. Par ailleurs, le caractère gratuit est valable uniquement pour les bibliothèques qui pratiquent la gratuité. Malheureusement, ce n’est pas la règle qui est appliquée à l’ensemble des bibliothèques en France

Enfin, le SNE et le ministère communiquent à tours de bras pour dire que le service a généré un million de prêts et que c’est « un service aussi simple d’utilisation pour le lecteur que l’emprunt de livres papiers« … sauf la première fois. Ce serait intéressant de communiquer sur les abandons d’usagers. Par exemple, combien se sont créés un compte mais n’ont jamais téléchargé de fichier ? Combien ont téléchargé un livre mais n’ont pas recommencé ? Ce serait utile d’avoir ces données pour comprendre ce qui constitue un obstacle dans l’utilisation du service et éventuellement l’améliorer. Nous n’avons pas de données sur ces questions mais nous savons ce qui peut représenter une barrière. Ce sont les DRM et en particulier celle déployée actuellement ; la DRM d’Adobe. Depuis plusieurs années, on nous dit que la DRM LCP devrait la remplacer. Pour l’instant on n’en voit pas la couleur. Qui n’est pas prêt ? Dilicom ? Les libraires ? Les prestataires de bibliothèques ? La plupart des éditeurs d’applis ou de liseuses semblent prêts. Mais en attendant, PNB continue de fonctionner avec Adobe et ça, l’infographie n’en parle pas.

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