Les bibliothèques sont-elles menacées par l’automatisation et l’intelligence artificielle ?

Le développement des technologies et l’essor de l’intelligence artificielle annoncent des bouleversements dans l’organisation du travail. L’introduction des machines n’est pas nouvelle et a systématiquement produit des inquiétudes. Le mouvement des luddites au début du 19ème siècle en témoigne. De nos jours, la sacro-sainte intelligence artificielle est souvent présentée comme le travailleur du 21ème siècle qui va aboutir à la disparition de plusieurs corps de métiers. Qu’en est-il des bibliothèques et surtout des bibliothécaires ?

Menace ou opportunité ?

La robotisation ou l’introduction des technologies visent souvent à améliorer la production dans un souci de rentabilité. Si les bibliothèques ne sont pas particulièrement concernées par la question de la baisse tendancielle du taux de profit, elles sont toutefois confrontées depuis plusieurs décennies à la mécanisation de certaines tâches effectuées auparavant exclusivement par des humains. L’informatisation des catalogues, le développement de la RFID et des automates de prêts ou encore la présence de robots ont permis de libérer du temps de travail pour que les professionnels des bibliothèques se concentrent sur d’autres activités comme par exemple la médiation auprès usagers. Au regard du développement du deep learning et des réseaux de neurones artificiels, est-ce que les tâches intellectuelles des bibliothécaires peuvent être remplacées par des intelligences artificielles ?

Dans un article publié sur Public Libraries Online, Hannah Davis s’interroge et apporte des réponses qui devraient rassurés les bibliothécaires qui ont peur de se faire remplacer par des robots

Les hubots dans la série Real Humans

Malgré le développement de l’intelligence artificielle, l’auteure explique qu’il existe tout un tas d’activités qu’elle ne peut pas accomplir car cela nécessite des compétences comme la pensée abstraite que seule le cerveau humain peut acquérir pour le moment. Comme l’expliquent Bertrand Mabille et Vincent Champain dans une tribune parue dans Les Echos :

« Les technologies d’apprentissage profond (« deep learning ») ont ceci de particulier qu’elles ne suivent pas des règles explicites pour proposer des solutions aux problèmes posés. Elles intègrent les savoirs à la manière d’un enfant qui apprend à reconnaître les objets qui l’entourent. Mais là où il suffit de trois exemples à un enfant pour apprendre à reconnaître un chat, il en faudra des milliers pour entraîner un réseau de neurones.« 


Numérique et IA : il est temps d’arrêter de se raconter des histoires

Effectivement, actuellement les bibliothécaires explosent l’intelligence artificielle pour conseiller un usager qui souhaiterait emprunter des albums jeunesse pour aborder la question du deuil ou de la propreté avec son enfant. En d’autres termes, nous sommes protégés de l’automatisation grâce à la dimension intellectuelle et créative nécessaire pour exercer notre profession. Comme le rappelle Hannah Davis, une IA ne peut actuellement pas accompagner un usager dans la rédaction de son CV ou dans la recherche d’un emploi sur un site. En fait, on s’orienterait plutôt vers une collaboration et une complémentarité des tâches entre la machine et l’humain. Les auteurs de la tribune citée précédemment parlent d' »intelligence humaine augmentée par le numérique« .

Selon Hannah Davis, les bibliothécaires ne devraient pas avoir d’inquiétude concernant le développement de l’automatisation mais au contraire y voir une opportunité pour se libérer des tâches physiques et matérielles afin de se concentrer sur des activités qui apportent une valeur ajoutée aux usagers. Et de citer l’exemple de l’expérimentation du book bot de Google ou du robot AuRoSS de Singapour. Ce dernier a été conçu pour « automatiser les tâches d’inventoriage et de rangement de livres, particulièrement intensives en termes de main d’œuvre humaine « . Il analyse la nuit les rayonnages, identifie les documents qui ne sont pas rangés à la bonne place et génère un rapport pour que les bibliothécaires interviennent physiquement. Le taux de précision s’élève à 99%. Ce la constitue indéniablement un gain de temps pour les bibliothécaires. Hannah Davis conclut avec un certain optimisme nécessaire en expliquant


« que ces nouveaux changements sont simplement la prochaine évolution des services proposés en bibliothèque. Les bibliothèques ont évolué et continueront de s’adapter, et en tant que bibliothécaires nous devons être prêts pour notre nouveau rôle dans les bibliothèques de demain en travaillant avec des robots ou non. »

Working alongside Robots at the Library – Public libraries online

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