Bibliothécaire, pour ou contre la surveillance ? Il faut choisir ton camp !

Cela fait un petit moment que je m’intéresse à la question de la vie privée en ligne, c’est même devenu une thématique majeure de ce blog. Je constate que cette problématique bénéficie d’une meilleure visibilité médiatique. L’approche de la mise en application du Règlement européen sur la protection des données n’y est pas pour rien. Toutefois je constate, ou j’ai l’impression, que cela reste une bataille peu investie du côté des bibliothécaires. Bien évidemment il y a des actions qui sont menées par des collègues mais cela reste relativement marginal. Pourtant, il me semble que vouloir défendre la vie privée et aider les usagers des bibliothèques à comprendre comment s’opèrent la surveillance et le suivi publicitaire en ligne fait écho à nos missions. Le manifeste de l’Unesco sur la bibliothèque publique commence ainsi :

« La liberté, la prospérité, le progrès de la société et l’épanouissement de l’individu sont des valeurs humaines fondamentales, que seule l’existence de citoyens bien informés, capables d’exercer leurs droits démocratiques et de jouer un rôle actif dans la société permet de concrétiser.  »

A partir de cette phrase, je voudrais essayer de montrer comment la réalisation des missions des bibliothèques est impossible en dehors de cette bataille pour le droit à la vie privée. Une prise de conscience professionnelle est urgente et nécessaire. On le sait, Google et consort nous enferment dans ce qu’on appelle une bulle informationnelle qui représente une menace pour la diversité des opinions indispensables dans une société démocratique.  Le journaliste Hubert Guillaud écrivait récemment dans un article  » La bulle du filtre, posée par Eli Pariser, repose sur l’idée que nos tendances naturelles à l’homophilie sont amplifiées par des filtres conçus pour nous donner ce que nous voulons, plus que des idées qui nous challengent, nous conduisant à des formes d’isolement idéologique et à la polarisation ». Ce phénomène, s’il pouvait exister quand la presse écrite était le médium principal pour accéder à de l’information, est aujourd’hui renforcer par le poids des algorithmes développés par Facebook et ses copains. Dès lors, une personne qui effectue des recherches sur Google risque de voir, à partir de ce que le moteur de recherche aura collecté et du profil qu’il établit, des résultats qui vont conforter ses jugements voire ses préjugés. Les algorithmes nous enferment dans des catégories sociales et présupposent que des résultats seraient plus pertinents pour telle personne mais pas pour telle autre. Dans le cadre d’une recherche sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ou l’enfouissement des déchets nucléaires, une personne qui a liké la page du Figaro et qui compte parmi ses amis Facebook des militants des Républicains obtiendra-t-il les mêmes résultats de recherche qu’un internaute qui suit l’Humanité sur Twitter et consulte régulièrement le site Basta Mag ? Certains m’objecteront peut-être que dans l’environnement physique, une personne qui vient à la bibliothèque pour lire Le Figaro ne lira probablement Libération. Sauf qu’il y a une différence majeure entre les deux situations, c’est qu’il n’y a pas d’intermédiaire pour accéder au coin presse de la bibliothèque. Le fait d’aller lire ou non un journal qui incarne une vision différente relève d’une démarche volontaire et n’est pas le fruit d’un acteur intermédiaire. De ce fait, comment construire son point de vue et développer son libre arbitre si on a accès qu’à une seule catégorie d’idées ? N’est-ce pas le point fort des bibliothèques, et en même temps leur caractère démocratique, de pouvoir donner accès à une pluralité d’opinions à travers leurs collections ? Il faut donc pouvoir armer les citoyens et les aider à pouvoir profiter de cette diversité de points de vue dans l’environnement numérique sans craindre une censure. Comment ? En les sensibilisant à la problématique de la surveillance en ligne. D’ailleurs, le manifeste cité plus haut stipule précisément que  « les collections et les services ne doivent être soumis ni à une forme quelconque de censure idéologique, politique ou religieuse, ni à des pressions commerciales. » Nous avons donc doublement raison de vouloir mettre l’accent sur le développement de compétences numériques afin d’aider les usagers à accéder librement à une information.

Il existe aujourd’hui des outils conçus pour des débutants, des néophytes, des profanes (rayez la mention inutile) pour reprendre le contrôle sur ses données. Il ne faut pas aller plus loin que Qwant ou DuckDuckGo pour limiter le tracking publicitaire quand vous faîtes une recherche, découvrir les alternatives proposées par Framasoft voire participer à des Cryptoparties. Il y a même un mooc qui débute lundi 29 janvier pour apprendre à protéger sa vie privée en ligne. Ce n’est pas une question de technique ni de compétences, c’est une question de conviction. Enfin, l’Abf organise ce lundi une journée d’étude portée par la Commission stratégie numérique sur la surveillance et le rôle des bibliothèques. « Serez-vous des nôtres ? »

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  1. Rétroliens : Le droit à la vie privée : le défendre et informer les usagers

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