Faire entrer le loup dans les bibliothèques

Google s'invite dans les bibliothèques
Google s’invite dans les bibliothèques

Mener une veille sur le numérique et les bibliothèques permet de découvrir des projets intéressants, d’apprendre de l’expérience des autres, se maintenir dans une dynamique d’évolution. Mais c’est aussi l’occasion de dénicher des infos qu’on aurait préféré ne pas découvrir. C’est le cas de celle qui suit et qui tombe LE jour qui ne fallait pas.

Le lundi de cette semaine n’est pas comme tous les autres lundi (il n’est pas au soleil non plus…). Lundi 28 janvier est la journée internationale de la protection de la vie privée. A cette occasion, vous avez peut-être vu passer un paquet d’articles sur le sujet. Nous apprenions la semaine dernière que la CNIL avait prononcé une sanction de 50 millions d’euros contre Google pour son manque de transparence sur le fonctionnement de la publicité et le recueil du consentement des utilisateurs. Ce lundi, nous apprenons que Google étend un peu plus sa domination et son souhait de devenir un acteur incontournable de la lutte contre la fracture numérique. La firme de Mountain View vient d’annoncer qu’elle finançait l’association des bibliothèques américaines à hauteur de 1 million de dollars pour soutenir la formation à la littératie numérique. Ainsi, l’ALA pourra redistribuer l’argent aux bibliothèques du territoire américain pour qu’elles puissent mettre en oeuvres des actions ou des ressources pour acquérir des compétences numériques.

Ce programme n’a bien évidemment rien de philanthropique. Google a des actionnaires à satisfaire et les actions de ce type ne vise qu’un objectif : conquérir de nouvelles parts de marché. En mettant en place ce programme, Google, par l’intermédiaire des bibliothèques, conquiert de nouveaux clients. En effet, les outils et les ressources mises à disposition pour former au numérique sont ceux conçus par Google. L’entreprise a adopté la même stratégie que Microsoft dans le milieu de l’éducation. En nouant des partenariats avec le Ministère, Microsoft s’assure une clientèle captive droguée à ses produits dès l’école. De même, Google propose des ressources pour former au courrier électronique (Gmail), à utiliser des espaces de stockage en ligne (Google Drive), au blogging (Blogger)…Une fois que les apprenants seront en situation d’autonomie, ils continueront à utiliser les outils avec lesquels ils se sont formés. Ainsi, Google pourra collecter les données personnelles de nouveaux utilisateurs et ainsi renforcer son modèle économique en pouvant revendre à des annonceurs des profils d’utilisateur pour la publicité ciblée.

Par ailleurs, ce programme soulève un second problème qui concerne plutôt la dimension « digital labor ». En effet, en fournissant des services et des outils gratuitement aux bibliothécaires et aux personnes en situation d’apprentissage, ces derniers vont pouvoir les éprouver et les améliorer en les utilisant. A titre d’exemple, on peut citer les outils de visite virtuelle. Google propose ce service pour pouvoir créer une visite virtuelle de son établissement ou pour gérer des collections :

Contrôlez, gérez et accédez à vos ressources numériques et métadonnées grâce à notre support avancé de gestion des collections. Il offre un espace d’hébergement de contenu pratiquement illimité, une technologie avancée de publication et de traitement d’images, ainsi que des outils de recherche et de filtrage sophistiqués.

Dès lors, les données stockées vont pouvoir alimenter les bases de données de Google sans que celui-ci n’ait eu besoin de numériser ou d’effectuer un enrichissement des métadonnées. Les professionnels de la culture l’ont fait pour lui. C’est un exemple concret du digital labor cher à Antonio Casilli.

L’entreprise fournit une myriade d’outils gratuits pour obtenir des mesures d’audience, pour améliorer sa présence en ligne, pour accroître son audience et favoriser l’engagement de sa communauté. C’est une terrible stratégie qui lui permet de collecter encore plus de données sur les personnes qui fréquentent les établissements culturels. En utilisant ces outils, nous livrons de la matière première à Google qui réussira à la transformer en devise.

Enfin, Google conclut son communiqué en disant ceci « nous espérons vous voir à la bibliothèque ». Cela ne tient qu’à nous professionnels des bibliothèques de ne pas nous laisser séduire par le chant des sirènes. Ne laissons pas Google devenir la béquille des politiques publiques.

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