Amazon refuse de vendre des livres numériques aux bibliothèques américaines

Le marchand en ligne craint que le modèle de prêt de livres numériques des bibliothèques porte atteinte aux intérêts économiques des auteurs.

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Dans un article du Washington Post (propriété de Jeff Bezos), Geoffrey A. Fowler explique que les bibliothèques américaines ne peuvent pas fournir à leurs usagers des livres numériques publiés par Amazon parce que le géant du commerce en ligne considère que les établissements de lecture publique contribuent à cannibaliser des ventes de livres. La domination d’Amazon est déjà un problème connu dans le domaine du numérique mais il apparaît que la situation de monopole de l’entreprise a aussi des conséquences sur la capacité des gens à pouvoir accéder à des oeuvres. Amazon représente une menace pour les librairies, est-ce au tour des bibliothèques d’être inquiètes ?

Amazon fait la pluie et le beau temps dans le secteur du livre numérique. Il occupe une position stratégique en étant à la fois libraire, éditeur, vendeur de matériel de lecture et même bibliothécaire. Si jusqu’à présent les bibliothèques américaines étaient peu concernées par l’entreprise, la situation a changé avec cette déclaration de guerre. Et il semblerait que les bibliothécaires américains en ont totalement conscience. L’association américaine des bibliothèques considère qu’Amazon représente « la plus grande menace » pour les bibliothèques.

Si certains considèrent qu’Amazon est libre de définir les conditions de vente de ses livres, l’auteur rappelle les enjeux démocratiques et citoyens que représentent cette décision. En effet, tout le monde n’a pas les moyens de pouvoir acquérir des livres et constituer sa bibliothèque personnelle. En étant ouverte à tous, souvent gratuitement, les bibliothèques permettent de concrétiser ce principe d’égalité en fournissant un accès égal et équitable entre chaque individu. Un autre exemple en lien avec l’actualité permet de souligner la gravité de la décision d’Amazon. Michael Blackwell, responsable d’une bibliothèque, cite l’exemple d’une personne qui se retrouve au chômage à cause du Covid 19 et qui souhaiterait lire des livres pour acquérir de nouvelles compétences et retrouver le chemin de l’emploi. Une personne dans cette situation ne pourrait pas se tourner vers sa bibliothèque parce qu’elle ne pourrait pas lui proposer ce genre de livres qui pourrait être vendu par Amazon. Avec son refus, le GAFAM contribue à réserver la culture et l’accès aux savoirs à une catégorie privilégiée de la population. Dans un contexte de multiplication des plateformes numériques, qui a les moyens de pouvoir s’abonner à chacune d’entre elles pour avoir accès à un large éventail de l’offre éditoriale ? Les bibliothèques sont donc définitivement un moyen d’y parvenir.

En outre, la politique d’Amazon transforme le droit d’auteur en un droit d’éditeur en confisquant à l’auteur le choix d’autoriser ou non la diffusion de son oeuvre. Certains auteurs publiés par Amazon ne sont d’ailleurs pas particulièrement alignés sur la position d’Amazon.

Pollan, lauréat du prix James Beard, qui a publié en 2019 Caffieine en exclusivité sur le service de livre audio Audible a déclaré qu’il n’était pas au courant que son livre n’était pas disponible dans les bibliothèques. « Si cela tenait qu’à moi, il le serait ».

https://www.washingtonpost.com/technology/2021/03/10/amazon-library-ebook-monopoly/

Par ailleurs, exclure les bibliothèques au motif qu’elles pourraient nuir aux intérêts économiques des auteurs est une ineptie quand on sait que les bibliothèques américaines payent les livres bien plus chers que les particuliers. Elles peuvent payer « entre 40 et 60 dollars pour un livre numérique et même plus de 100 dollars pour un livre audio à succès. »

Enfin, dans le contexte sanitaire où les bibliothèques ont surinvesti le livre numérique et les contenus numériques pour pouvoir continuer à proposer leurs services pendant les confinements, le choix d’Amazon apparaît définitivement comme une déclaration de guerre.

Source : Washington Post

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